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Commencer à écrire ses mémoires : la méthode des 10 minutes par jour

8 min
Mains tenant un stylo sur un carnet ouvert, à côté d'une vieille photo de famille, lumière douce et chaleureuse évoquant la transmission.

Vous avez tellement de choses à raconter. Des souvenirs qui reviennent au détour d'une odeur, d'une chanson, d'un objet rangé au fond d'un tiroir. Vous sentez que ces histoires méritent d'être couchées sur le papier, pour vous, pour vos enfants, pour ceux qui viendront après. Et pourtant, dès que vous ouvrez le document, la page reste blanche. « Par où commencer ? » « Est-ce que ce que j'ai à dire a de la valeur ? » « Et si je n'écris pas bien ? »

C'est exactement ce que disent la plupart des personnes qui veulent commencer à écrire ses mémoires. Ce n'est pas un manque de volonté ni un manque de talent. C'est simplement que l'on aborde souvent l'exercice avec les mauvaises attentes. On croit qu'il faut un grand plan, du temps libre, et un style littéraire. Or tout cela vient plus tard. Le vrai début est beaucoup plus simple.

Dans cet article, je vous propose une méthode douce, concrète et sans pression : celle des 10 minutes par jour. Une approche qui permet de vaincre la page blanche, de créer une habitude durable et de voir peu à peu son histoire prendre forme. Que vous écriviez pour vous ou pour transmettre l'histoire d'un proche, vous verrez que le plus important n'est pas de tout planifier, mais de commencer petit.

Pourquoi la page blanche nous paralyse (et pourquoi ce n'est pas de votre faute)

La page blanche n'est pas un ennemi personnel. Elle naît souvent de trois croyances très répandues, qui bloquent avant même d'avoir commencé.

La première : « Il faut savoir écrire. » Beaucoup imaginent qu'il faut maîtriser le style, trouver les bons mots, construire des phrases élégantes. En réalité, écrire ses mémoires n'est pas un exercice littéraire. C'est une conversation avec soi-même ou avec ses souvenirs. Les mots viennent quand on les laisse sortir, sans jugement. On n'a pas besoin d'être écrivain pour raconter sa vie. On a juste besoin d'être soi.

La seconde : « Il faut du temps. » On attend d'avoir des après-midi libres, des vacances, un bureau calme. Pourtant, les personnes qui réussissent à mener leur projet à terme sont rarement celles qui avaient le plus de temps. Elles sont celles qui ont commencé petit, même dans des journées chargées. Le temps ne crée pas l'écriture. L'habitude, si.

La troisième : « Il faut tout planifier avant. » On se dit qu'il faut d'abord faire le plan du livre, choisir les chapitres, l'ordre chronologique… Cette exigence de perfection paralyse. La vérité est inverse : le plan émerge souvent après avoir écrit les premiers souvenirs. Quand on commence à poser des mots, les liens entre les souvenirs apparaissent naturellement, sans qu'on ait eu besoin de tout prévoir.

Ces trois croyances sont normales. Elles viennent de l'école, des livres que l'on a lus, de l'idée que l'écriture est quelque chose de « sérieux ». Mais pour une histoire de vie, elles sont contre-productives. La bonne nouvelle ? On peut les contourner très simplement, sans changer qui on est.

Si vous hésitez encore sur le format à donner à votre projet — récit de vie, autobiographie ou mémoires —, cet article peut vous éclairer : Autobiographie, biographie, mémoires : quelles différences et que choisir ?

La règle d'or : commencer petit, sans pression

La règle d'or pour commencer à écrire l'histoire de sa vie est celle-ci : tout ce qui compte, c'est de faire le premier pas, même minuscule.

Vous n'avez pas besoin d'écrire un chapitre. Vous n'avez pas besoin d'un plan. Vous n'avez même pas besoin d'avoir « quelque chose d'important » à dire. Un seul souvenir suffit. Un seul moment qui vous touche. Le reste viendra après.

Cette approche déculpabilise. Elle enlève la pression du « tout ou rien ». Elle transforme l'écriture en un rendez-vous doux avec soi-même, plutôt qu'en une montagne à gravir.

Beaucoup de personnes qui ont fini par écrire leur histoire racontent la même chose : le plus dur n'était pas de continuer, c'était de commencer. Une fois la première phrase posée, le fil se déroule presque tout seul. C'est comme pousser une porte qui était simplement coincée.

La méthode des 10 minutes par jour

Voici la méthode concrète que je recommande pour écrire sans savoir par où commencer et pour tenir sur la durée. Elle est simple, presque trop simple au premier abord. Et c'est précisément pour cela qu'elle fonctionne sur le long terme.

Choisir un seul souvenir, le plus facile, celui qui vient tout seul

Ne cherchez pas le « grand » souvenir, celui qui résume toute votre vie. Cherchez le plus simple, celui qui revient facilement, sans effort mental.

Cela peut être :

  • Le goût d'un plat de votre enfance (la soupe de légumes de votre mère, les crêpes du dimanche, le gâteau au yaourt du goûter)
  • Le jour où vous avez déménagé dans une nouvelle ville ou un nouveau pays
  • Une conversation avec un grand-parent qui vous a marqué
  • Le premier jour d'un nouveau travail ou d'une nouvelle école
  • Une promenade qui vous a laissé une impression forte
  • Le moment où vous avez tenu votre enfant pour la première fois
  • Un voyage, même court, qui vous a changé quelque chose

Prenez quelques secondes pour laisser venir une image. Pas besoin de la choisir « bien » ou « importante ». Celle qui arrive est la bonne. C'est souvent le souvenir le plus accessible qui ouvre les portes aux autres.

Écrire 10 minutes, sans se relire, sans se corriger

Réglez un minuteur sur 10 minutes. Ouvrez un document ou un carnet. Écrivez tout ce qui vous vient sur ce souvenir.

Ne vous relisez pas. Ne corrigez pas l'orthographe. Ne vous demandez pas si c'est « intéressant » ou « bien écrit ». Le but n'est pas de produire un texte parfait. Le but est de faire sortir les mots, comme on ouvre un robinet.

Si après deux minutes vous êtes bloqué, écrivez simplement : « Je ne sais pas quoi écrire… je vois la cuisine de mon enfance… l'odeur du beurre qui grésille… » Cela suffit souvent à relancer le fil. Le minuteur continue de tourner, et les mots finissent par arriver.

À la fin des 10 minutes, vous pouvez vous arrêter. Vraiment. Même si vous n'avez écrit que quelques lignes. Le plus important est d'avoir tenu le rendez-vous avec vous-même. La régularité compte plus que la quantité.

Laisser venir le reste (l'effet boule de neige)

Après quelques jours, quelque chose se passe. Vous vous surprenez à penser à votre souvenir pendant la journée. Une odeur vous rappelle autre chose. Un détail oublié refait surface en faisant la vaisselle, en conduisant ou en marchant.

C'est l'effet boule de neige. Un petit souvenir en appelle un autre. Une scène en appelle une deuxième. Sans effort conscient, sans plan, l'histoire commence à se tisser toute seule.

Beaucoup de personnes qui ont mené leur projet à terme disent : « Je ne savais pas que j'avais tant de choses à raconter. » Elles l'ont découvert en commençant petit, jour après jour. Ce qui semblait impossible au début devient naturel avec le temps.

Les déclencheurs : quand on ne sait plus quoi écrire

Parfois, même avec la méthode des 10 minutes, on se retrouve devant le vide. C'est normal. Les souvenirs ne viennent pas toujours sur commande, surtout au début.

Voici des déclencheurs simples et puissants qui fonctionnent pour la plupart des gens :

  • Une vieille photo : Prenez une photo et décrivez simplement ce que vous voyez. Les vêtements, l'expression des visages, l'arrière-plan, la lumière, ce que vous ressentez en la regardant aujourd'hui. Pas besoin d'analyser, juste décrire.
  • Un objet : Un bijou, un outil, un livre usé, un jouet d'enfant, une montre… Racontez son histoire et ce qu'il évoque pour vous. D'où vient-il ? Qui l'a utilisé ? Que représente-t-il aujourd'hui ?
  • Un lieu : La maison d'enfance, un village, un appartement, une rue, une école… Décrivez les pièces, les odeurs, les bruits, la lumière qui entrait par la fenêtre, ce que vous ressentiez en y étant.
  • Une chanson : Laissez-la jouer et notez ce qu'elle fait remonter. Un souvenir précis ? Une émotion ? Une époque de votre vie ? Un visage ?
  • Une odeur : Le parfum d'un plat, l'odeur d'un lieu, d'un vêtement, d'une saison, d'un produit ménager… Les odeurs sont souvent les plus puissants déclencheurs de mémoire.
  • Une date ou un événement : Un anniversaire, un déménagement, une rencontre, une fête familiale, un premier jour… Commencez par ce que vous vous rappelez et laissez venir le reste.

Ces déclencheurs sont des portes d'entrée. Ils ne demandent pas d'être « créatifs ». Ils demandent seulement d'observer et de noter ce qui vient.

Si vous manquez d'amorces ou si vous souhaitez une banque plus fournie et structurée, vous pouvez vous appuyer sur une liste de questions éprouvées : 60 questions à poser à ses parents et grands-parents pour recueillir leurs souvenirs. Ces questions fonctionnent aussi très bien pour explorer votre propre histoire et trouver des points de départ concrets.

Écrire pour soi… ou pour un proche ?

Vous pouvez écrire pour vous, simplement pour vous. Dans ce cas, l'exercice est souvent libérateur. Il permet de mettre de l'ordre dans ses souvenirs, de donner du sens à ce qui a été vécu, et parfois de se réconcilier avec certaines périodes de sa vie.

Vous pouvez aussi écrire pour un proche : vos enfants, vos petits-enfants, ou même vos parents. Dans ce cas, l'intention change légèrement : il s'agit de transmission. Le texte devient un cadeau, un lien entre les générations, quelque chose qui traversera le temps et que vos proches garderont précieusement.

Si vous souhaitez écrire l'histoire de vos parents ou d'un proche, une méthode respectueuse et sans les fatiguer existe : Comment écrire la biographie de ses parents sans les fatiguer ? (Guide complet 2026). Elle vous guide pas à pas pour recueillir les souvenirs avec légèreté et bienveillance.

Écrire son histoire procure souvent un soulagement profond et une forme de clarté sur ce qui compte vraiment. C'est un acte qui fait du bien à celui qui l'accomplit, qui apaise et qui donne du sens. Pour en savoir plus sur ces dimensions, vous pouvez lire cet article dédié : Écrire son histoire : les bienfaits thérapeutiques.

Et si je n'y arrive pas seul ? (la main tendue, sans pression)

Parfois, malgré la meilleure volonté et la méthode des 10 minutes, la page blanche résiste plus longtemps que prévu. Ou le volume de souvenirs devient trop grand à structurer seul. Ou vous sentez le besoin d'une oreille attentive pour organiser le fil de l'histoire. C'est parfaitement légitime.

David, le fondateur de Livrebiographie, a lui-même commencé par retranscrire l'histoire de son arrière-grand-père, soldat pendant la Première Guerre mondiale. Ce geste de transmission l'a profondément marqué et l'a conduit à accompagner d'autres personnes dans ce même chemin, avec la même bienveillance.

Si vous sentez que vous avez besoin d'un cadre, d'une écoute bienveillante et d'une aide pour transformer vos notes en un récit cohérent et vivant, il est tout à fait possible de se faire accompagner. L'important est de ne pas rester seul face au blocage, surtout quand l'envie est là.

Le plus dur, c'est la première phrase

Vous l'avez compris tout au long de cet article : le plus difficile n'est pas d'écrire tout un livre. C'est de poser la première phrase. C'est d'ouvrir le document et d'écrire 10 minutes sur un seul souvenir, sans se juger.

Une fois ce premier pas franchi, la méthode des 10 minutes par jour fait le reste du travail. Elle transforme l'écriture en habitude douce, presque naturelle. Et un jour, vous vous rendez compte que votre histoire existe, noir sur blanc, prête à être lue, partagée, transmise à ceux que vous aimez.

Vous n'avez pas besoin d'être prêt. Vous n'avez pas besoin d'avoir du temps. Vous n'avez pas besoin d'un grand plan. Vous n'avez pas besoin d'être « bon » en écriture.

Vous avez seulement besoin d'aujourd'hui, d'un souvenir qui vient tout seul, et de 10 minutes.

Commencez maintenant. Ouvrez un document. Choisissez un souvenir. Posez le minuteur sur 10 minutes.

Ou, si vous préférez en parler, échanger sur votre projet, poser vos questions ou explorer l'accompagnement humain, prendre rendez-vous.

Votre histoire mérite d'être racontée. Et elle peut commencer aujourd'hui, tout simplement, avec douceur et sans pression.

David Avramovitz

David Avramovitz

Fondateur de livrebiographie — biographe pour dirigeants & familles

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