Le métier

Elle a inspiré Docteur Quinn : la vraie histoire, sans le Colorado ni le glamour

4 min de lecture
Couverture du livre Pionnière de la médecine, autobiographie d'Elizabeth Blackwell

Tout le monde ou presque a vu, ou a entendu parler, de Docteur Quinn, femme médecin. Une femme médecin dans l'Amérique du XIXe siècle, seule face à un monde qui ne veut pas d'elle. Beth Sullivan, la créatrice de la série, l'a elle-même dit : le personnage de Michaela Quinn doit beaucoup à une femme qui a réellement existé — Elizabeth Blackwell. Retirez le Far West, les paysages du Colorado, la mise en scène télévisée. Ce qui reste est plus âpre, et plus vrai.

Elizabeth Blackwell est devenue en 1849, à Geneva Medical College, dans l'État de New York, la première femme diplômée en médecine des États-Unis — après que vingt-sept écoles l'ont refusée, et qu'une vingt-huitième a soumis sa candidature au vote des étudiants en pensant qu'ils la rejetteraient par plaisanterie. Ils l'ont acceptée à l'unanimité.

Pourquoi ce projet

J'ai été honoré de participer à la traduction de son autobiographie, restée introuvable en français depuis sa publication en 1895. Le personnage est magnifique — pas héroïque au sens où on l'attendrait, mais tenace d'une manière presque froide, presque administrative, qui rend chaque refus, chaque porte fermée, plus frappant que s'il avait été raconté avec emphase.

Le travail a représenté une recherche importante : situer chaque figure historique croisée au fil du récit — abolitionnistes, médecins, réformatrices, figures politiques anglaises et américaines —, retracer les institutions et les mouvements que Blackwell mentionne sans les expliquer, parce qu'ils allaient de soi pour son lecteur de 1895 et ne vont plus de soi pour le nôtre. Une démarche qui n'est pas si éloignée de vingt-cinq ans de recherche généalogique : retrouver, vérifier, redonner chair à des vies effacées par le temps.

Le vrai défi a été stylistique. Fallait-il conserver le phrasé du XIXe siècle, quitte à figer le texte dans une distance polie que le lecteur français d'aujourd'hui aurait du mal à traverser ? Ou le faire basculer dans une langue résolument contemporaine, au risque de dénaturer une voix qui appartient à son époque ? Le compromis retenu a été de garder un vocabulaire fidèle à 1895 — sans anachronisme — porté par une syntaxe directe, nette, qui n'appartient à aucune époque en particulier. Ni pastiche, ni modernisation forcée.

Pionnière de la médecine — Autobiographie, traduction et adaptation David Avramovitz, est disponible dès maintenant en édition reliée : commander le livre sur Amazon.


Elizabeth Blackwell, ou l'obstination froide

Née en Angleterre en 1821, Elizabeth Blackwell n'avait au départ aucune vocation médicale. C'est une amie mourante qui, un jour, lui confie que son calvaire aurait été plus supportable si elle avait été soignée par une femme. L'idée s'installe, contre l'avis de tous ses proches, et devient une obsession.

Ce qui la rend unique n'est pas seulement d'avoir réussi là où tant d'autres ont échoué. C'est la manière dont elle raconte cette réussite, trente ans plus tard : sans emphase, sans se poser en héroïne. Elle décrit les portes fermées comme elle décrirait un trajet en train. Cette platitude délibérée est ce qui rend, par contraste, son entêtement d'autant plus saisissant.

Diplômée en 1849, elle poursuit sa formation en Europe — un passage par Paris, à la Maternité, où une infection lui coûte un œil et met fin à ses ambitions de chirurgienne. Rentrée aux États-Unis, elle fonde un hôpital tenu entièrement par des femmes, puis une école de médecine pour femmes. Elle inspirera, plus tard, la première femme médecin reconnue en Angleterre.

Le texte alterne deux voix : celle, posée, de la femme de 74 ans qui écrit ses mémoires, et celle, vive et parfois ironique, de la jeune femme de 26 ans dont elle cite directement le journal. Cette dualité — la distance de l'âge et l'aplomb de la jeunesse — traverse tout le livre.

Pionnière de la médecine — Autobiographie rejoint le catalogue d'ouvrages du domaine public traduits pour la première fois en français, aux côtés d'autres titres à venir. Si l'histoire d'une vie — la vôtre, celle d'un proche, celle d'un ancêtre — mérite elle aussi d'être racontée, parlons-en.

David Avramovitz

David Avramovitz

Fondateur de livrebiographie — biographe pour dirigeants & familles

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