Le métier

Elle avait le livre en tête depuis des années. Il lui manquait quelqu'un.

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Femme en robe du XIXe siècle face à un paysage brumeux, avec deux visages fantomatiques dans le ciel — illustration de l'article Elle avait le livre en tête

Elle avait le livre en tête depuis des années. Il lui manquait quelqu'un.

Elle a 43 ans. Un métier, une famille, des journées déjà trop pleines. Elle n'est pas écrivain, ne l'a jamais été, et ne cherche pas à le devenir.

Hier, son premier roman est arrivé sur Amazon.

Je voudrais raconter comment on en est arrivés là. Pas seulement pour le résultat — le livre est en ligne, chacun se fera son avis. Pour le chemin. Parce que je croise beaucoup de gens qui portent une histoire depuis dix ans et qui pensent que le problème vient d'eux.

Ce n'est presque jamais le cas.

Ce qu'elle avait déjà

Quand elle m'a contacté, elle avait tout.

Elle avait le nom : Elizabeth Blackwell, première femme à obtenir un diplôme de médecine aux États-Unis, en 1849 — celle qui a inspiré le personnage du Docteur Quinn. Elle avait l'angle, et c'est ça qui m'a frappé d'emblée : ce n'était pas la pionnière qui l'intéressait. C'étaient les années d'avant. Ce qu'il a fallu porter, et parfois taire, pour en arriver là.

Elle avait des scènes en tête. Des personnages. Une atmosphère. Elle savait comment ça finissait.

Elle n'avait aucune idée de la façon de transformer ça en livre.

C'est la situation la plus courante que je rencontre. Avoir une histoire complète dans la tête et se retrouver, page blanche ouverte, incapable d'en sortir trois pages qui tiennent. Ce n'est pas un manque de talent. Ce n'est pas un manque de volonté. C'est un problème de méthode. Et les deux n'ont rien à voir.

Beaucoup de gens s'arrêtent là. Ils se disent qu'ils n'ont pas le don. Qu'ils auraient dû commencer plus tôt. Qu'il est trop tard.

Souvent, ils ont simplement besoin d'un cadre pour écrire un roman vraiment.

Le détour par les outils qui vendent du rêve

Avant de me contacter, elle avait essayé seule.

Il existe aujourd'hui des dizaines de services qui promettent votre roman rédigé et publié pour quelques centaines d'euros. Vous décrivez votre idée en un paragraphe, l'outil génère des chapitres, et vous récupérez un fichier prêt à téléverser.

Elle y a laissé de l'argent. Et des mois.

Ce qui en sortait était lisse et parfaitement écrit. Les phrases tenaient debout. La grammaire était irréprochable. Et ça n'avait plus rien à voir avec l'histoire qu'elle avait en tête.

Le problème n'est pas technique. Un outil ne sait pas pourquoi cette scène compte pour vous. Il ne sait pas que le silence entre deux répliques porte plus que les répliques elles-mêmes. Il ne sait pas ce que vous voulez faire ressentir au lecteur à la page 40, parce que vous ne le lui avez jamais dit — et vous ne le lui avez jamais dit parce que vous ne le formulez pas encore vous-même.

C'est exactement le travail qu'il faut faire avant d'écrire une ligne.

Aucun formulaire ne le fait à votre place.

Dix séances de visio

On a travaillé en visio. Une dizaine de séances au total, et ça a été plus vite que je ne l'avais prévu.

Les premières séances ont servi à sortir l'histoire de sa tête. Je pose des questions, elle raconte, j'enregistre. Pas d'écriture à ce stade. On cherche ce que le livre veut dire, pas comment il le dira. Beaucoup de choses qu'elle croyait essentielles sont tombées. D'autres, qu'elle mentionnait en passant, sont devenues des chapitres entiers.

Ensuite, on a bâti la structure. Combien de chapitres. Ce qui se passe dans chacun. Où le lecteur doit avoir envie de tourner la page. C'est la partie la plus ingrate, et de loin la plus utile. Une histoire mal découpée ne se rattrape pas à la phrase.

Puis on a défini la voix. Une charte d'écriture, concrètement : longueur des phrases, place du dialogue, ce qu'on nomme et ce qu'on laisse deviner. Dans son cas, l'essentiel du livre repose sur ce qui n'est pas dit. Il fallait donc des règles précises pour tenir cette retenue sur quarante mille mots, sans qu'elle se relâche au chapitre huit.

Et seulement là, on a écrit. Bloc par bloc. Elle relisait à voix haute, systématiquement. Tout ce qui accrochait à l'oral était refait, pas retouché. C'est une différence importante : une phrase qui sonne mal ne se répare pas, elle se réécrit.

Je l'ai guidée. Mise en forme, rythme, structure, tenue de la voix d'un bout à l'autre.

Tout le reste vient d'elle.

Le pseudonyme

Le livre paraît sous le nom d'Emilia Edwardson. C'est un pseudonyme, et elle y tenait.

Elle voulait écrire un roman sans que cela vienne bousculer sa vie de tous les jours. C'est une demande que j'entends souvent, et elle est parfaitement légitime : un métier, un employeur, une famille, un sujet qu'on préfère traiter sans avoir à s'en expliquer au bureau le lundi matin.

Ça se règle proprement, à condition de s'en occuper avant la publication et pas après. Le nom sur la couverture, le compte d'édition, la façon dont les revenus sont perçus : tout cela se met en place sans que l'anonymat soit jamais fragilisé.

Elle a eu les deux. Son livre. Et sa vie de tous les jours intacte.

Et le bonus : un livre qui génère des revenus

Ce n'est pas ce qu'elle cherchait. Elle voulait ce livre pour elle, parce qu'elle le portait depuis des années.

Mais le livre est en vente. Il rapporte. Elle en est propriétaire — les droits, les revenus, la suite. Et c'est le premier tome d'une saga en quatre volumes, ce qui veut dire que l'histoire ne s'arrête pas là. Les revenus non plus.

Générer des revenus avec un livre n'était pas l'objectif de départ. C'est devenu une conséquence naturelle : quelqu'un qui n'avait jamais rien publié il y a un an est aujourd'hui autrice d'une série en cours.

Je trouve ça remarquable, et j'en suis très fier.

Ce qui a vraiment fait la différence

Rien de spectaculaire.

Elle n'a pas trouvé plus de temps qu'avant. Elle n'a pas suivi de formation. Elle n'a pas acheté d'outil miracle. Elle n'a pas attendu d'être prête.

Elle a juste eu le déclic de demander de l'aide.

C'est tout.

C'est ce qui sépare les livres qui existent de ceux qui restent dans une tête pendant vingt ans.

Je ne travaille pas comme une usine. Livrebiographie, c'est moi. Je fonctionne comme un tailleur de costume : uniquement sur mesure, pour des ouvrages faits pour durer des décennies. Ce n'est pas pour tout le monde. Et ce n'est pas censé l'être.

Si vous portez une histoire depuis longtemps — la vôtre, celle d'un proche, ou une autre — le premier entretien est offert et sans engagement. On regarde ensemble ce que vous avez, et je vous dis franchement si c'est faisable.

Parlons de votre projet →

Couverture du livre Ce que le corps sait — Tome 1 par Emilia Edwardson

Ce que le corps sait, tome 1 de L'autre vie d'Elizabeth Blackwell, d'Emilia Edwardson.

Disponible sur Kindle : 0 € pour les abonnés Kindle Unlimited, ou 2,99 €. Format numérique uniquement.

Découvrir le livre →

David Avramovitz

David Avramovitz

Fondateur de livrebiographie — biographe pour dirigeants & familles

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