J'ai écrit ce livre. Voici pourquoi.

Il y a des projets qu'on porte longtemps avant de savoir qu'on les porte.
Pendant vingt-cinq ans, j'ai cherché quelque chose dans ma propre famille. Un secret. Une de ces zones d'ombre qu'il y a dans presque toutes les familles, et dont on ne parle pas. Le mien, je ne l'ai pas appris par quelqu'un. Personne ne m'a rien dit. À quinze ans, j'ai juste bluffé — un coup de poker lancé sans réfléchir devant ma mère. Et c'est sa réponse qui m'a appris qu'il y avait quelque chose.
Ce jour-là, sans le savoir, j'ai ouvert une porte que j'ai passé le reste de ma vie à explorer.
Je ne vais pas vous raconter ici ce qu'il y avait derrière. C'est dans le livre. J'ai choisi de garder certaines choses pour ceux qui le liront vraiment. Mais je peux vous dire ce que cette recherche m'a appris — parce que c'est ça, le vrai sujet.
Elle m'a appris que ce qu'on tait pèse souvent plus lourd que ce qu'on dit. Qu'un silence, quand on le déterre, ne reste pas dehors : il rentre en vous. Parfois ça répare. J'ai vu un silence rendre à mon père un morceau de son histoire qu'il n'aurait jamais eu autrement. Parfois ça abîme. Et le plus troublant, c'est qu'on ne sait jamais à l'avance de quel côté ça va tomber.
C'est de ça que parle Les silences qu'on porte. Pas une thèse. Pas un manuel. Un parcours. Le mien, avec ses fausses pistes, ses déceptions, et quelques moments que je n'oublierai pas.
Si je vous raconte tout ça, ce n'est pas pour me mettre en avant. C'est parce que je crois que ce que j'ai vécu, beaucoup de gens le vivent sans le dire. Ces photos qui finissent à la poubelle parce que plus personne ne sait qui est dessus. Ces vies entières qui disparaissent faute d'avoir été racontées. Ces grands-parents qu'on aime et dont on ne gardera, une génération plus tard, presque rien.
Moi, j'ai eu la chance d'apprendre très tôt ce que valait un souvenir écrit.
Quand mon père m'a récupéré à dix ans, j'étais un enfant qui ne connaissait que la télé. Presque incapable de lire. Alors avec Maïté, la femme qui m'a élevé comme une mère, ils ont fait une chose simple et radicale : ils ont mis la télé à la poubelle. Le soir, c'était devenu la règle — tu lis. J'ai mis des mois à finir mon premier livre. Puis j'y ai pris goût. À quinze ans, j'en lisais trois par semaine.
Je ne le savais pas encore, mais c'est là que tout a commencé. Cette passion des mots, du récit, de ce qui reste quand on l'écrit, ne m'a jamais quitté. Et au bout de ces vingt-cinq ans de recherche, quand j'ai enfin trouvé ce que je cherchais, il s'est passé quelque chose que je n'attendais pas : mon envie de faire de la généalogie s'est éteinte, doucement. Mais mon envie de raconter, elle, n'a fait que grandir.
C'est comme ça que je suis devenu ce que je suis aujourd'hui.
Je n'aide pas les célébrités à raconter leur vie. J'aide des gens ordinaires — des familles, des grands-parents, des personnes qui ont traversé une existence — à mettre leur histoire en livre. Dans leurs mots. Avec leur voix. Mon nom n'apparaît jamais sur ces livres. Ce ne sont pas les miens. Ce sont les leurs.
Mon rôle, ce n'est pas d'être le plus curieux. C'est d'être le plus juste. Savoir où creuser, et savoir où s'arrêter. Faire ressortir une leçon de vie que la personne ne voyait même pas dans ses propres souvenirs. Et respecter, toujours, les silences qu'elle choisit de garder.
Ce livre, en réalité, c'est un peu ma façon de me présenter. Quand quelqu'un s'apprête à me confier sa vie, je trouve normal qu'il sache d'abord qui je suis. Qu'on parte à égalité. Alors je me suis dévoilé le premier.
Si vous le lisez, vous entendrez ma voix. Je l'ai écrit comme je parle, sans gommer mes tics ni mes tournures. Parce que c'est exactement ce que je promets à ceux qui travaillent avec moi : qu'en vous lisant, vos proches aient l'impression, non pas de lire un livre sur vous, mais de vous entendre.
C'est tout ce que je sais faire.
Et c'est tout ce que j'aime faire.
Les silences qu'on porte est disponible ici.
Si le sujet vous touche, ou si vous portez, vous aussi, une histoire que vous aimeriez transmettre — parlons-en.

David Avramovitz
Fondateur de livrebiographie — biographe pour dirigeants & familles
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